gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight
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Joseph L. Howard
☇ PRÉNOM : elodie ☇ STAR : aaron johnson ☇ CRÉDIT : shiya ☇ MISSIVES : 19 ☇ ÂGE : vingt-quatre ans ☇ STATUT : célibataire
Sujet: gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight Mar 21 Fév - 15:35
titre du rp
Bienvenue dans le merveilleux sujet de Joseph L. Howard qui va avoir l'honneur d'avoir comme partenaire E. Gabriel Johnson. Actuellement ils font un sujet privé. Ne sont-ce pas là des choix merveilleux ? L’histoire se déroule le 22 février 1924 à deux heures du matin passées alors que la météo est clémente. A présent, il est temps de laisser la parole au créateur du sujet : fermeture du Please Don't Tell.
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Sujet: Re: gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight Mar 21 Fév - 15:36
Il est pratiquement deux heures du matin, heure de fermeture habituelle, et deux ivrognes sont encore assis au comptoir à me demander deux sidecars. Je les toise alors quelques secondes pour me demander s’il fallait vraiment que je leur serve ces consommations. Ils ont le regard vide, je ne suis pas certain que leurs pupilles soient encore réactives et ils sentent l’alcool à plein nez. Mais malgré le fait qu’ils ne tiennent plus debout, je leur sers un dernier verre parce que c’est mon travail et que de toute manière je me vois mal refuser un verre à qui que ce soit. Si on les retrouve mort demain matin, qu’on ne vienne pas dire que c’était de ma faute. Ils portent alors leur verre tant bien que mal à leur bouche et me paient leurs consommations. Ils ont semble-t-il eu leur dose pour la soirée, mais je ne doute pas qu’ils referont une apparition demain soir. Je les regarde alors se diriger difficilement vers la sortie, un sourire moqueur sur les lèvres. Il semblerait que mon service soit désormais terminé. A vrai dire si avoir terminé mon travail est censé me réjouir, cela ne l’est en aucun cas. Je m’arrange toujours pour arriver le plus tôt possible et repartir le plus tard possible. Je passe ma vie ici, je n’ai pas d’autre vie que celle qui m’attend dans ce bar de toute manière. Je vis dans une voiture en plein milieu de Central Park, je ne suis pas le genre d’homme que sa femme et ses enfants attendent sagement tous les soirs dans son luxueux appartement. De toute manière je n’aurai jamais de femme, je ne les aime pas. Ou du moins pas comme je le devrais.
Je passe alors derrière le comptoir un chiffon à la main, pour enlever les mégots de cigarette qui traînent et pour essuyer l’alcool qui s’est répandu un peu partout sur le comptoir et sur les tables. J’apprécie même de nettoyer, ça me rappelle la journée que je viens de passer et cela me fait penser que celle du lendemain sera toute aussi bonne et toute aussi remplie. J’ai simplement besoin de savoir ça pour passer une excellente journée, je me contente de pas grand-chose vous savez. Ce n’est pas comme si j’ai été habitué au luxe et que je suis difficilement satisfaisable, c’est en réalité tout le contraire. C’est pourquoi j’apprécie tant mon travail. Je nettoie tout avec plaisir, et je fais également l’inventaire avec plaisir (qui ne rêverait pas meilleur employé que moi ?). C’est l’étape qui vient après, mais également juste avant de rentrer chez « moi ». Je le fais sans rechigner mais je sais également que ça annonce la fin de ma journée. Une fois terminé, je reste encore un peu. Je ne suis pas fatigué et l’envie de partir ne se fait pas ressentir, comme à chaque fois. Je m’assois alors à une table, et y attrape une cigarette encore fumante mais pas terminée. C’est la seule manière pour moi de pouvoir fumer, parce que ce n’est pas comme si j’avais les moyens de me payer des cigarettes de toute manière. Je la porte alors à ma bouche et en tire une bouffée. J’entends alors la porte du bar s’ouvrir. J’espérais que ce n’était pas encore un client ivre qui venait réclamer un autre verre. Cela devait être un employé comme moi, ou bien le propriétaire.
J’avais vu juste puisque ce fut bel et bien Gabriel qui pénétra dans le bar à cet instant là. Je ne pouvais pas dire que je ne l’appréciais pas, après tout il n’avait rien de mauvais en lui d’après ce que j’avais pu voir, mais je n’arrivais pas à lui faire confiance. Je n’aurais su dire pourquoi, mais il ne m’inspirait pas vraiment confiance. Pourtant je savais bien que j’aurais eu toutes les raisons de lui accorder ma confiance. Après tout il n’avait jamais révélé à personne mon homosexualité, mais je ne pouvais m’empêcher de penser que s’il en avait l’occasion il pourrait le faire. C’était sans doute idiot, parce qu’il l’aurait fait depuis bien longtemps s’il en avait eu l’envie mais je ne pouvais m’empêcher de me montrer méfiant à son égard, ce qui ne m’empêchait pas de l’apprécier un tant soit peu. Sans dire un mot, je lui adressais un signe de tête pour le saluer, enfin même si je l'avais déjà croisé durant la soirée.
E. Gabriel Johnson
ADMIN ♕ Keep calm and eat your Brioche
☇ PRÉNOM : Léa ☇ STAR : Ben Barnes ☇ CRÉDIT : lux aeterna & tumblr ☇ MISSIVES : 2183 ☇ ÂGE : 25 YO ☇ STATUT : Fiancé malgré lui ☇ JUKEBOX : Some of these days ▬ Sophie Tucker
Sujet: Re: gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight Mar 21 Fév - 18:15
If you'll be true to me
Ne t’endors pas. Ne t’endors pas. Je pique un peu du nez, le visage collé sur les feuilles de papier à cause de mes yeux fatigués. Je tiens à pas grande chose, j’en oublie même la paire de lunettes prête à l’emploi dans ma veste. Je prie le ciel pour que mes jambes parviennent à soutenir mon poids le temps d’aller les chercher. Mais encore faudrait-il que j’en ai la volonté. Ce qui n’est pas le cas. Mes fesses restent donc collées à mon siège, et mon visage aux feuilles de papier. Jusqu’à ce que j’abandonne. Je me redresse soudainement, jette nonchalamment le dossier sur le bureau en soupirant. Je frotte mes paupières alourdies. Assez pour aujourd’hui, tout cela va finir par me rendre fou. Une seule chose me traverse l’esprit alors, et cette idée devient une évidence, puis un besoin vital. Faire un tour dehors, sortir, malgré le froid, les restes de la couche de neige tombée la veille, j’ai besoin de m’aérer. Il est rare de ma part que je quitte le bar avant la fermeture, mais bizarrement errer dans les rues de New-York était devenu une obsession momentanée. Si ce n’est pas la preuve que je perds la tête. Dans un élan de volonté, je me lève et attrape mon manteau ainsi que mon écharpe. Je ferme la porte du bureau à clé derrière moi. Passé ce seuil, c’était comme un tout autre monde. Pas la moindre trace d’air ne subsiste dans cette pièce exigüe, seule la fumée des cigarettes emplit nos poumons à chaque inspiration. Je me fraye tant bien que mal un chemin entre les ivrognes d’un soir, les poètes en mal d’amour et quelques hommes d’affaire éméchés ; on se marche souvent sur les pieds, mais il faut dire que cela contribue au charme du speakeasy. Je sens des effluves d’alcool mêlées aux différents tabacs, une odeur que j’apprécie. J’atteins finalement la porte et passe du côté du Crif Dogs, fermé à cette heure-ci. Pourtant, le portail reste ouvert afin que les clients puissent accéder au bar. C’est donc naturellement par la ‘’grande porte’’ que je passe pour enfin retrouver l’air pollué de la ville qui ne dort jamais. Un soupir m’échappe ; les rues pourtant bien agitées de New-York me semblent presque trop calmes en comparaison au chaos du Please Don’t Tell. Je m’allume une cigarette avant de commencer à longer la rue.
Deux heures plus tard, il est temps que le bar ferme ses portes. Je croise deux poivrots sortant du bar en s’appuyant l’un sur l’autre pour marcher ; je les observe en arquant un sourcil. Certains spécimens du genre humain sont parfois si étranges. Après un haussement d’épaules, j’ouvre avec ma clé la petite porte cachée menant à l’intérieur. La salle est vide, si silencieuse, si calme, que cela semble irréel. En réalité, le silence me dérange bel et bien. Aucune note ne fend l’air, aucune mélodie, le piano est muet ce soir. Elle n’est pas là. Pourquoi n’est-elle pas là ? Je fais quelques pas afin que l’instrument me soit visible ; peut-être ne joue-t-elle pas pour le moment, tout simplement. Mais le banc est vide, un vide qui me laisse un goût amer. Où est-elle ? Etait-elle là ce soir ? Mon inconnue joue ici, à cette heure même, chaque soir de chaque jour que Dieu fait. Alors pourquoi diable n’est-elle pas sur ce foutu banc à jouer sur ce maudit piano à cet instant même ? Je soupire, déçu. Je remarque finalement la présence de Joseph. « Bonsoir. » Dis-je, envoyé plus incrédulement que l’on envoie ce genre de banalités d’habitude. « J’ai besoin d’un verre. » j’ajoute ensuite, fixant encore ce piano orphelin. Il va de soi que je ne compte pas me servir moi-même tant que mon barman est dans le coin. D’autant plus que je suis incapable de doser un French 71 aussi merveilleusement que lui. Je n’avais d’ailleurs nullement besoin de préciser ma commende, puisque je bois toujours ce même cocktail. Comme n’importe quel client, je m’assois au comptoir. Je m’allume une cigarette et approche de moi l’un des cendriers trainant sur sa surface brune. « Est-ce que tu as vu la jeune femme qui joue là tous les soirs aujourd’hui ? » Je demande, espérant une réponse positive. Jusqu’à il y a quelques semaines, je ne savais pas que mon piano était le terrain des expérimentations de la belle. Depuis, il ne se passe plus un soir sans que l’entendre jouer ne me soit pas nécessaire.
I'm an Englishman in New York I don't drink coffee I take tea my dear. I like my toast done on one side, and you can hear it in my accent when I talk. See me walking down Fifth Avenue, a walking cane here at my side. I take it everywhere I walk. I'm an alien, I'm a legal alien. If, "Manners maketh man" as someone said, then he's the hero of the day. It takes a man to suffer ignorance and smile. Be yourself no matter what they say.
Joseph L. Howard
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Sujet: Re: gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight Mar 21 Fév - 23:13
A choisir, je crois que la présence de mon patron ou pas ici m'indifférait totalement. J'aurais sans doute dû préférer la solitude à ce moment là, pouvoir fumer la cigarette que j'avais trouvé tranquillement, mais comme pour un bon nombre de choses, tout ce qui m'arrivait m'était égal. C'était sans doute étrange, mais qu'il soit là ou pas après tout ça ne m'empêchait pas de fumer. Et ça me donnait une raison de rester et de ne pas retrouver ma voiture, tout était bon à prendre après tout. Je savais bien que même que le bar était fermé et que je me trouvais encore ici, il trouvait le moyen de me faire travailler. Ça ne me dérangeait pas de toute manière, j'étais son employé et ce n'était pas comme si j'avais autre chose à faire. Et puis lui servir un verre, cela n'allait pas me tuer dans l'immédiat. J'écrasais alors ma cigarette dans le cendrier le plus proche de moi pour ensuite jeter mon mégot dans une poubelle. Hors de question que je laisse ça traîner dans le bar alors que je venais de tout nettoyer. Je passais alors de l'autre côté du comptoir pour lui servir ce qu'il demandait. Il n'avait même plus besoin de formuler clairement ce qu'il prenait, il buvait toujours la même chose et j'en avais pris l'habitude. Sans plus attendre je lui servis un verre. « Et voilà, un French 75. » lui dis-je en faisant glisser le verre sur le zinc. Pour autant je ne m'en allais pas, parce que je n'en avais pas envie d'une part, et parce qu'il était fort probable qu'il me demande un autre verre.
Je jetais alors un bref coup d’œil à mon patron, rapide mais suffisamment long pour constater que quelque chose le tracassait. Il avait l'air soucieux, comme s'il attendait quelque chose. Je lui aurais bien demandé ce qui se tramait dans son esprit par simple courtoisie mais je n'étais pas persuadé que c'était ce dont il avait besoin à cet instant là. Alors je me contentais de l'observer en attendant qu'il ait fini son verre pour probablement m'en demander un autre. Mais avant même d'avoir porté le verre à sa bouche, il ouvrit la bouche afin de me poser une question. C'était sans doute là le sujet de ses pensées et de ses préoccupations. Comme toujours, les femmes sont la cause de tous les maux des hommes. Enfin pas des miens en l'occurrence. Un fin sourire vint alors prendre place au coin de mes lèvres. « Celle qui vient habillée comme un homme tous les soirs ? » Bien entendu je me souvenais d'elle, je voyais mal comment l'oublier, surtout sachant qu'elle finissait toujours la soirée éméchée et qu'elle avait tendance à faire parler d'elle. Sans mentionner le fait qu'elle se faisait passer pour un homme, bien entendu. Personnellement j'ai tout de suite remarquer qu'elle n'avait rien de masculin, mais enfin on sait tous pourquoi je suis le seul à l'avoir remarqué. « En tout cas elle n'était pas là ce soir, désolé. » lui dis-je en haussant les épaules. Je ne savais pas réellement pourquoi j'étais désolé. Je ne l'étais pas en réalité, c'était simplement par convenance parce que ça me paraissait approprié. Il semblait tellement avoir envie de voir cette jeune femme, que cela m'avait paru la meilleure chose à dire. « Pourquoi cela ? » Je me renseigne après tout, non pas que ça m'intéresse réellement. Je ne savais pas pourquoi j'avais posé cette question, c'était sans doute dans la nature de l'homme de vouloir tout savoir même si au fond je n'étais pas certain de m'intéresser réellement à la réponse.
E. Gabriel Johnson
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Sujet: Re: gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight Mer 22 Fév - 21:47
She's Just a Girl for Me
Le verre arrive sur le comptoir, face à moi. French 75, comme à mon habitude. Je ne cherche pas à varier les plaisirs, je n’en vois pas l’utilité. Ce mélange de Gin, Champagne et citron, son goût acidulé, son côté pétillant. C’en est presque provoquant d’apposer un alcool aussi classieux que le Champagne à un autre si populaire et rustre qu’est le Gin. C’est plutôt de celui-ci dont je suis un grand habitué. Le grand patron boit de l’alcool de mineur et fume des cigarettes de soldat, les autres patrons le regardent de travers, et il aime ça. Mais je ne porte pas immédiatement le verre à mes lèvres. Pas tant que ces questions qui me tracassent ne trouvent pas de réponse. Il se peut que mon sommeil en soit agité, de ne pas savoir où mon inconnue se trouve ce soir. La raison pour laquelle elle a dérogé à ses habitudes. Je me sens ridicule ; je prends son absence comme une trahison, alors qu’elle ne me doit absolument rien. Nous ne sommes pas même ce que l’on nomme des amis. Mais je me suis habitué à sa présence chaque soir. Elle me manque. Je crois. « Oui, celle-là même. » je réponds avec un léger sourire amusé à Joseph. Mon inconnue vient habillée en homme, termine parfaitement saoule tous les soirs, et s’adonne à des expérimentations musicales parfois violentes, c’est relativement incongru. J’ai comme l’impression que j’aurai une raison de me sentir gêné vis-à-vis de cela. Aux yeux de ceux qui savent la véritable identité de la jeune femme, elle doit être étrange, originale, peut-être un peu fêlée. Voir le patron s’attacher à une telle marginale donne sûrement matière à rire. Mais je ne suis plus à une originalité près. Appelez-moi Anglais.
Elle n’était pas là ce soir. Mon regard se baisse et plonge dans mon verre. J’avais l’espoir qu’elle était tout de même venue, mais qu’elle n’avait pas pu rester après la fermeture cette fois. Ce n’était pas le cas. Je me demande ce qui lui est arrivé. Et je finis par ne plus trouver toutes ces interrogations normales. Non, c’est vraiment ridicule. Je hausse finalement les épaules, faisant mine d’y être indifférent –oui, c’est complètement raté. Je prends finalement une gorgée de mon cocktail. Je suis toujours admiratif de la facilité qu’ont les barmans à parfaitement doser chaque verre, c’était un talent qu’avait Joseph. Un bar n’est rien sans celui qui se trouve derrière le comptoir ; on peut donc dire que le jeune homme fait partie intégrante de cet établissement, de son cœur. Depuis que je suis arrivé, je sais qu’il n’y a pas de Please Don’t Tell sans Joseph. « Eh, bien, tant pis. » Fais-je avant une bouffée de tabac. J’en profite pour poser le paquet sur le comptoir et le faire glisser vers Joe, signe qu’il pouvait se servir en toute liberté. Naturellement, il me demande en quoi la présence de la fameuse jeune femme m’intéresse. « Eh bien, justement, parce qu’elle n’est pas là ! » je réponds comme si cela était parfaitement évident, alors que je ne fais qu’esquiver la question de la manière la moins crédible qui soit. « Et puis, je t’en pose des questions ? » dis-je avec un léger sourire, simplement pour faire comprendre plus subtilement que ce sujet me met mal à l’aise. « Je suppose que tu n’es pas attendu, tu ne m’en voudras pas si je te monopolise quelques instants. Tiens, pourquoi tu ne prendrais pas un verre, toi aussi ? » J’ajoute pour enterrer le sujet discrètement.
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Sujet: Re: gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight Mer 22 Fév - 23:37
Évidemment, je me souvenais de la jeune femme dont il me parlait. Il était difficile d'oublier un spécimen comme elle, à croire qu'elle est unique en son genre. Et elle l'est sans doute. Je ne comprenais pas vraiment son obstination à se faire passer pour un homme, mais soit je m'en moquais tant qu'elle ne provoquait pas de bagarre dans le bar je n'avais aucun reproche à lui faire. Surtout sachant qu'elle buvait généralement beaucoup et c'était un aspect non négligeable. Pas le fait qu'elle finisse ivre morte généralement mais le fait qu'elle prenne autant de consommations. Toujours était-il que cette jeune femme semblait occuper les pensées de mon patron. Je n'aurais su dire pourquoi. Pour qu'elle arrête de venir ici ? Peu probable. Parce qu'elle lui avait tapé dans l'oeil ? Voilà qui était sans doute bien plus probable à mes yeux, bien que je n'en sache rien. Et au fond est-ce que cela m'importait vraiment ? Non il fallait le dire, j'étais simplement curieux. Et puis si parler avec lui me permettait de rester un peu plus, je n'allais pas m'en priver. Il préféra pourtant éluder le sujet, il semblait mal à l'aise. Allez savoir pourquoi. « Et qu'est-ce qui vous fait dire que personne ne m'attend chez moi ? » lui demandais-je un fin sourire au coin des lèvres. S'il me tutoyait, j'étais incapable de le vouvoyer. Sans doute parce qu'il était mon patron, mais certainement plus parce que je ne lui faisais pas encore totalement confiance. J'avais pris l'habitude de tutoyer son père, mais il me faudrait encore du temps pour que je lui fasse pleinement confiance si cela venait à arriver un jour. Enfin de toute manière, il savait très bien que personne ne m'attendait "chez moi", comme je le disais si bien puisque je n'en avais pas, alors il savait bien qu'il pouvait monopoliser mon temps tant qu'il le voudrait.
Maintenant qu'il était convenu que ce n'était pas encore l'heure pour moi de partir, je pris une cigarette dans le paquet qui se trouvait sur le comptoir. Je ne pouvais fumer qu'en ces occasions, lorsqu'il me proposait une cigarette ou lorsque je finissais celles des clients à la fermeture du bar. Je pris alors le briquet qui se trouvait dans ma poche pour l'allumer. Il m'invita même à me servir un verre, je ne pouvais décemment pas refuser et puis j'en avais terriblement envie. Si je savais parfaitement doser les cocktails et que j'avais l'habitude d'en servir toute la journée, la seule chose que j'aimais réellement boire c'était le whisky pur. Je m'en servis alors dans un verre, avant de m'accouder au comptoir. « Alors cette pianiste qu'est-ce qu'elle a de si spécial ? » lui demandais-je, ne voulant visiblement pas lâcher l'affaire. Ce n'était pas parce qu'il avait réussi à changer habilement de sujet, que j'allais oublier toute cette histoire. Enfin si cette fois il passait encore à autre chose, j'en conclurais que le sujet était clos et je savourerai mon whisky sans plus ouvrir la bouche.
E. Gabriel Johnson
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Sujet: Re: gabriel&joseph ▬ i can feel it coming in the air tonight Jeu 23 Fév - 0:45
A Girl with a Golden Touch
Malheureusement, quoi que j’en sois plutôt fier, je ne suis pas comme mon père. Je suis, je pense, un patron aimable, quelqu’un de bien ; je considère mes employés comme des amis, ceux du bar sont comme de la famille. Je tiens énormément à eux. Mais je ne suis pas le genre de bienfaiteur qu’était mon paternel. Je ne suis pas le patron qui offre un appartement à sa serveuse dans le besoin, ou un travail au premier jeune homme vivant dans sa voiture croisé dans Central Park. J’avance le salaire s’il le faut, je suis particulièrement à l’écoute, je me plie en quatre pour eux au moindre problème, mais je ne me prends pas pour le sauveur de l’humanité. Quand je pense que c’était mon père qui me disait idéaliste. Quoi que je le sois, au fond. Mais je ne comprendrais jamais pourquoi mon paternel agissait ainsi à New-York, alors qu’il était capable de parfaitement ignorer ses propres enfants à Londres. Je prends cela comme une trahison, de quoi alimenter ma colère vis-à-vis de lui. Une colère qui se ressent dès que je parle de lui. Alice ne supporte pas que je dise du mal de celui qui l’a sortie de la misère. Quant à Joseph… Eh bien, je suppose que, comme à son habitude, il n’a pas d’avis sur la question. Je n’en sais trop rien ; malgré plus d’un an à se voir chaque soir, nous n’avons jamais vraiment dépassé la relation entre patron et employé. Il doit bien être le seul. Néanmoins, comme pour tous mes employés, j’en sais assez sur sa vie privée pour pouvoir en prendre les nouvelles. C’est souvent le calme plat, quoi qu’à vrai dire nous ne sommes pas des pipelettes entre nous. Je n’ose jamais vraiment aborder ce sujet avec lui, là encore il doit être le seul ; sa vie de solitaire dans sa voiture, son homosexualité. Je n’aime pas parler avec des tabous, je ne comprends pas pourquoi ce pas ne parvient pas à être franchi avec lui. « Une voiture, c’est un peu exigüe pour deux, non ? Et puis, tu ne quittes pas le travail en courant. » Je réponds à sa question en lui rendant son sourire. J’évite de donner l’impression de le juger en parlant ainsi ; le statut de patron déforme souvent mes propos, malgré moi.
Joseph s’installe finalement, comme je l’ai invité à le faire. Cela me plait, à vrai dire, de partager une cigarette et un verre avec quelqu’un de ‘’normal’’. Une personne sans prétention, et avec qui je n’ai pas besoin de moi-même en arborer. Je peux simplement boire et fumer, et parler. Le jeune homme ne lâche pas l’affaire concernant ma pianiste, cela m’arrache un léger rire. Je bois une gorgée avant de lui répondre ; « Elle joue divinement. Oui, définitivement, cette fille est un génie. » Je ne pense pas que mon barman soit un mélomane tel que moi, pas concernant le piano en tout cas, et je comprendrais un simple hochement d’épaules de sa part. « Elle est sûrement un peu fêlée, aussi. Mais je l’aime bien. » Je porte ma cigarette à mes lèvres, un sourire évasif traine du coin de celles-ci. « Enfin, je l’apprécie. Et je l’apprécie seulement, si tu penses à autre chose. » J’ajoute en le pointant du bout de ma barre de tabac, l’air de dire que de toute manière, il n’était pas autorisé à penser autre chose. Comme si j’avais le pouvoir de l’en empêcher.
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